Le harcèlement en milieu scolaire

Isabelle LOUIS-PONSING
5 months ago | 11 min read
Le harcèlement en milieu scolaire

Détecter le harcèlement est difficile, mais savoir réagir l’est parfois encore plus.

En France, près d’un enfant sur 10 est victime de harcèlement.

De la moquerie à la brimade, voire aux humiliations répétées, des bousculades aux violences physiques, des insultes aux menaces, la limite peut sembler floue entre de simples disputes à la récréation et la prise en grippe d’une personne.

Le harcèlement peut prendre différentes formes mais sa conséquence est toujours la même ; un enfant en souffrance.

Comment savoir si notre enfant est en souffrance ? Comment sortir de notre incrédulité et réagir s’il en est victime ? Comment prévenir le harcèlement ?
Je vous donne dans cet article quelques clés de compréhension et d’action.

Pourquoi un enfant devient il la cible de harceleurs ?

La première image qu’on a en tête quand on parle de harcèlement, c’est celle d’un enfant un peu différent des autres, en raison d’un handicap, d’un complexe physique (taille, poids…), de son apparence (style vestimentaire comme le chanteur MIKA ou couleur de peau ou de cheveux – je pense à Poil de carotte de Jules Renard) ou de ses origines (ethnique, sociale…).
Mais la réalité est tout autre ; n’importe quel enfant peut être une cible potentielle de harcèlement, le plus « fort » comme le plus faible, le plus « intello » comme le « cancre ». Par exemple, cette petite fille qui repousse un amoureux, qui pour se venger l’insulte et la harcèle avec ses amis pendant deux ans !

Il faut sortir de l’idée préconçue que l’on attaque uniquement ceux qui sortent du lot, qui ont une différence apparente ou qui manquent de confiance en eux. Ma fille ainée a terriblement manqué de confiance pendant son enfance mais n’a jamais été harcelée, au contraire de sa sœur cadette qui était « tête de classe ».

En revanche, tous les enfants ne vont pas réagir de la même façon. Certains, qui ont suffisamment confiance en eux et qui en ont parlé avec leurs parents vont en parler rapidement pour que cela cesse rapidement. D’autres, plus sensibles peut-être, vont être plus affectés et ne vont pas en parler. C'est la cas de mon fils : six mois ce sont passés avant que je ne m'en rende compte ...

Le sujet du harcèlement est plus visible dans les médias, mais pas chez soi !

Les séries TV comme 13 reasons why ou des films tirés d’histoires vrai comme Marion, 13 ans pour toujours, mettent en évidence le fait que les enfants harcelés ne parlent à leurs parents que très tard, voire pas du tout, se retrouvant parfois sans issue (90% des enfant ayant fait une tentative de suicide ont subi du harcèlement).

Pourquoi les enfants ne parlent-ils pas ?

L’objectif du harceleur est d’isoler l’enfant, notamment grâce à un groupe d’enfants suiveurs.
L’isolement passe aussi par les menaces « si tu le dis à tes parents, ce sera pire » ou bien « si tu en parles, je ferai du mal à ta petite sœur [à ton meilleur ami] ». Ces menaces ont pour but de maintenir l’enfant sous leur emprise. Et la victime se tait par crainte et par instinct de survie.

Parfois, l’enfant se tait parce qu’il se sent « nul », qu’il pense qu’il ne vaut rien, voire qu’il « mérite » ce qu’il subit. Il ne veut pas que ses parents aient honte de lui, ou bien il veut les protéger et se tait pour ne pas les inquiéter, les stresser.

Comment détecter une situation de harcèlement si l’enfant ne parle pas ?

Les signes qui permettent de détecter le harcèlement sont parfois évidents, comme un enfant dont le tempérament change ou dont les résultats scolaires s’écroulent soudainement. Mais certains enfants sont particulièrement habiles pour les cacher.

Le meilleur allié pour détecter ses signes, c’est votre intuition, votre « feeling » ; si vous vous dites « tiens, elle a changé ces temps-ci », redoublez de vigilance.

Si votre enfant ne parle plus pendant les repas, s’il claque les portes en criant « vous ne comprenez rien », s’il ne veut plus inviter de copains à la maison ni sortir, ou être très agressif, on peut penser que c’est la « crise d’adolescence » et que ça va passer, mais ce n’est parfois pas le cas.

Donc si ces nouveaux comportement perdurent, si beaucoup plus d’objets de valeur « disparaissent » ou que votre enfant revient couverts de bleus inexplicables, c’est peut-être le signe qu’il.elle est harcelé.e.

Si votre enfant ne vous en parle pas spontanément, vous pouvez déjà demander à ses amis, s’ils viennent à la maison, interroger ses frères et sœurs s’ils sont scolarisés dans le même établissement.

Le pire étant le cyber-harcèlement, car il atteint votre enfant jusque dans son lit !
Si votre enfant a un smartphone, même si vous voulez respecter son intimité, demandez-lui de vous montrer ses réseaux sociaux régulièrement, si vous avez un doute : si vous observez qu’il.elle passse plus de temps sur son téléphone ou se cache pour le regarder. S’il refuse, même si vous redoutez le conflit, n’hésitez pas, car c’est le seul moyen de savoir ce qui se passe.

Comment parler avec son enfant quand on a un doute ?

Avant tout, montrez à votre enfant que vous êtes là, sans pour autant le.la forcer à ouvrir le dialogue.

Parlez lui de ce que vous avez observé « je vois bien que tu ne parles plus quand on est à table ». Dites-lui que vous avez senti qu’il.elle n’est pas comme d’habitude et que vous vous inquiétez pour lui.elle « Tu n’es pas obligé de m’en parler mais sache que je suis là pour toi si tu veux ».

L’idéal est de profiter d’un moment de calme, comme le soir au moment du coucher. Profitez de ce moment d’intimité pour faire des hypothèses « ça ne va pas parce que tu as eu une mauvaise note ? Ou peut-être que ça ne se passe pas bien avec tes copains à l’école ? ». Puis observez comment votre enfant réagit aux perches que vous lui tendez.

Vous n’êtes pas obligé de prononcer le mot « harcèlement » qui peut l’effrayer, mais dire « Est ce qu’on t’embête ? Tu sais, si plusieurs enfants sont pas sympa avec toi, tu ne peux pas t’en sortir seul.e ». Peut être pourrez vous lui donner des exemples personnels.

Si la piste du harcèlement se confirme, expliquez-lui les techniques de manipulations dont usent les harceleurs : « Pour avoir l’air plus forts, ils peuvent te dire « si t’en parles, ce sera deux fois pire demain » ou « je vais te fracasser » mais s’ils font ça c’est pour pouvoir continuer ».

Dans tous les cas, évitez d’empirer la situation en la minimisant « Moi aussi je me suis fait harcelé, j’en suis pas mort », « Allez, défend-toi, les laisse pas faire » ou encore « Ignore-les, tu es au-dessus de tout cela ».

Evitez aussi les réactions d’agressivité du type « je vais aller lui casser la figure » ou dire « il va avoir à faire à moi » car votre enfant risque d’avoir encore plus honte de vous en avoir parlé et parce que l’agressivité n’est pas la solution. Montrez-lui plutôt que vous aller l’aider sans violence, en faisant confiance au dispositif mis en place.

Faut-il laisser son enfant se défendre par lui-même ?

Certains thérapeutes encouragent les parents à donner des outils aux enfants pour qu’ils apprennent à se défendre par eux-mêmes.

De mon point de vue, il est important d’enseigner à l’enfant les mécanismes qui se mettent en place ; par exemple, des jeux de rôle, permettent à l’enfant d'apprendre à désamorcer les critiques, à s’affirmer et oser répondre quand on l’insulte, à changer de posture et ne plus se placer en "victime", sans pour autant basculer dans celle du « bourreau ».
Mais si l’enfant est sous l’emprise de 5 personnes, il aura beau avoir de la répartie, il ne pourra rien faire. Il faut vraiment faire la différence entre un enfant qui se fait « embêter » dans la cour et celui qui se fait harceler. C’est à nous, parents, de les protéger dans ce cas, à nous de mettre un cadre et une justice, sinon c’est la loi du plus fort.

Première chose à faire, prendre rendez-vous avec son professeur pour lui demander, dans un premier temps, d’avoir simplement une observation. Il faut éviter que l’enseignant ne confronte tout de suite les enfants car l’enfant harcelé a peur et le harceleur ment et c’est le drame ! C’est ce qui est arrivé à ma fille cadette et le lendemain elle avait toute la classe contre elle !
Même si vous voudriez vous précipiter, demandez au corps enseignant et aux surveillants d’observer les interactions dans la cour, en classe, pendant l’interclasse et à la sortie de l’école.

Les « anges-gardiens » ont également un rôle à jouer ; ces enfants ont été formés pour détecter le harcèlement et jouer le rôle de témoins. Le directeur d’établissement peut également agir, mais dans tous les cas rassurez votre enfant en lui disant que si besoin vous le changerez d’établissement pour le protéger, même si a priori maintenant ce sont les élèves harceleurs qui sont exclus de l’établissement. Cela le rassurera et lui permettra de "tenir" en attendant que le processus avance.

Et si l’école ne réagit pas ?

Dans la majorité des cas, l’école intervient, mais pas toujours ou pas à la hauteur de ce qu’il faudrait, sans doute parce que certains enseignants sous-estiment la situation.

Vous pouvez entamer des démarches auprès de la justice car le harcèlement est puni par la loi.

Et dans tous les cas, le changement d’école peut être la solution pour protéger votre enfant.

Et après ?

Il faut aider l'enfant à se reconstruire car le harcèlement laisse des traces, l'estime de soi en a pris un coup !

 Une semaine de coupure avec vous peut également l’aider à prendre du recul et s’aérer la tête.

L’investissement dans une passion, une activité où il.elle se sente à sa place et reconnu peut être d’un grand secours. C’est sans doute la raison pour laquelle certains enfants harcelés sont devenus Youtubeurs, comme une réparation de l’image de soi.

Et puis, n’hésitez pas à faire appel à un professionnel pour un accompagnement en psychothérapie.

Quelle place pour la prévention ?

Il est important de parler du harcèlement en famille, afin de sensibiliser vos enfants à ce qui peut se passer et que parfois ils ne perçoivent pas comme tel : des moqueries répétées, des mises à l’écart … Expliquez de manière concrète, en expliquant les mécanismes de manipulation : moqueries à répétition, insultes, menaces…

N’hésitez pas à lui montrer ce qui est arrivé à des personnes comme les Youtubeurs EnjoyPhoenix ou Sanasas qui en parlent très bien. Le but est que, si cela arrive, votre enfant puisse tout de suite identifier ce qui se passe et en parle avec vous, ses parents !

Si votre enfant est particulièrement empathique, sensible, qu’il.elle ne dit jamais non, et toujours gentil.le avec tout le monde et a « trop » bien intégré la règle (ne pas dire de méchancetés, ne pas réagir violemment…), il est vraisemblable qu’il ne saura pas réagir et comment se protéger.

Dans ce cas, il serait souhaitable que vous autorisiez votre enfant à se défendre en lui disant « Viens, on va s’entraîner et voir comment tu pourrais faire ».

Apprendre l’autodéfense émotionnelle est indispensable car quand l’enfant se fait harceler, son esprit se « fige » et il.elle n’est plus capable de penser ni de réagir et se révolter. Il lui faut donc avoir anticipé et s’être entrainé pour savoir comment répondre de façon non violente. C’est ce jeu de rôle que je fais parfois en thérapie pour le préparer à réagir.

Dans tous les cas, notez les numéros verts contre le harcèlement :

« Non au harcèlement » 3020 

Cyber-harcèlement « Net écoute » 0800 200 000.

 

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