La procrastination, cet ennemi insidieux

Isabelle LOUIS-PONSING
2 months ago | 9 min read
La procrastination, cet ennemi insidieux

Chaque année le 25 mars a lieu la journée mondiale de la procrastination.

Ce comportement touche près de 74 % des Français, d'après un sondage de OpinionWay en 2022. C’est dire s’il est répandu ! 😮

Cette journée rappelle à chacun l'importance de maîtriser ce comportement qui peut nuire à la réussite professionnelle et, bien avant, la réussite scolaire.

Je vous donne dans cet article quelques clés de compréhension et d’action pour limiter ce comportement nuisible.

C’est quoi la procrastination ?

La procrastination vient du latin procrastinatio :  pro («en avant») et crastinus («demain»).

Cette tendance à reporter au lendemain n’a rien avoir avec la paresse, bien qu’elle y ressemble fortement. Elle correspond à notre tendance à repousser et à attendre la dernière minute pour réaliser des tâches ou des actions qui pourraient être faites dans l'immédiat. 

La procrastination est un processus très ancré en soi mais parfois invisible ! Et qui donne toujours un sentiment de frustration, voire de culpabilité. Mais elle n’est en rien considérée comme une pathologie physique ou psychologique.

Quels sont les causes de la procrastination ?

L’étude de 2022 révèle qu’au travail :

  • 69 % des Français remettent certaines tâches au lendemain par manque de motivation,
  • 59 % d’entre eux le feraient par manque de temps.

Ainsi les principales causes de la tendance à reporter à plus tard sont :

  • 😒un manque d’envie, de motivation ; les taches sont perçues comme trop faciles, ennuyeuses routinières ou inutiles,
  • 🗓 une mauvaise organisation,
  • ⌚️ un manque de temps ou une mauvaise gestion du temps,
  • 😴 une fatigue excessive,
  • 🤯 une surcharge de travail,
  • 😵 des difficultés de concentration,
  • 😖 l’impulsivité, qui nous détourne de nos objectifs,
  • 🤩 des difficultés liées à la confiance ou à l’estime de soi,
  • 🧐 un perfectionnisme ; les taches sont perçues comme complexes parce qu’elles sont difficiles ou parce que nous mettons des objectifs qui la rendent difficile.

En lien avec ces deux derniers points, la procrastination est une réponse inconsciente du système nerveux qui face à la difficulté d’une tache « évite » de s’y confronter pour ne pas ressentir la peur de l’échec.

C’est aussi une façon de protéger notre Ego : il est plus acceptable de rater son évaluation parce qu’on n’a pas révisé plutôt que parce qu’on « est bête » et qu’on n’a pas su faire malgré les heures de révision.

 Voici quelques exemples de ces tâches sur lesquelles les jeunes peuvent procrastiner :

  • La préparation d’une présentation en public,
  • La préparation d’un exposé en groupe,
  • La révision pour une évaluation,
  • La révision pour un examen (brevet, baccalauréat).

Le manque de préparation va amener :

  • Soit à ne pas réaliser la tâche,
  • Soit à réaliser la tâche avec une perte d’efficacité.

Un comportement à ne pas prendre à la légère, puisqu’il soulève des problèmes plus profonds menant à de potentiels burn-out, même chez les jeunes ! 🤯

Comment reconnaitre un.e procrastina.teur.trice ?

Le Dr Pychil et le Dr Ferrari identifient trois principaux profils :

  1. Le procrastinateur éveillé, qui fonctionne mieux sous la pression ; reporter à la dernière minute crée du stress qui permet de passer à l’action,
  2. Le procrastinateur évitant, qui n’a pas confiance en lui ; il justifie ses résultats par le manque de temps plutôt que par son incompétence (supposée),
  3. Le procrastinateur indécis paralysé par la prise de décision ; il reporte au dernier moment un choix ou une décision à prendre.

Les psychologues estiment que la procrastination toucherait de manière chronique 20 % des adultes.

Il est intéressant d’observer que certains procrastinateurs sont hyperactifs. Ils reportent les choses importantes ou qui présentent un enjeu pour eux.
Ils s’éparpillent dans plusieurs autres activités plus plaisantes ou plus faciles à réaliser, au détriment de la tâche sur laquelle ils procrastinent. Ces activités ne leur laissent plus de temps pour faire LA chose essentielle qu’ils auraient dû faire.

En fait, la procrastination touche surtout les personnes qui ont peu de comptes à rendre aux autres. Celles qui ont une liberté d’action et gèrent seules leurs priorités : les indépendants, les cadres, beaucoup de managers mais aussi les jeunes qui sont scolarisés, ce qui peut sembler paradoxal !

Quels sont les conséquences ?

La procrastination, considérée comme pathologique, peut conduire à un véritable cercle vicieux freinant toute action et empêchant la prise de décision.

Lorsqu'il s'agit d'un comportement compulsif, elle peut être à l’origine :

  • De résultats en baisse, lorsque les devoirs ne sont pas rendus à temps ou en absence de révision. 📉
  • D’un mal-être, 🥴
  • De stress, 😰
  • De frustration, 😠
  • D’un sentiment de culpabilité, car la personne n’arrive pas à s’y mettre malgré ses efforts de volonté, 😳
  • Une perte de confiance en soi, 😞
  • De dépression parfois “invisible” ; elle est marquée par le manque de volonté, le manque d'énergie et l'incapacité de mener à bien les opérations les plus élémentaires, 😖
  • Un burn-out🤯.

La procrastination peut être courante chez de nombreuses personnes atteintes du TDAH, du fait de leurs difficulté de concentration.

Existe-t-il des bienfaits de la procrastination ?

Le fait de procrastiner ne présente pas que des aspects néfastes.
La procrastination a plusieurs bénéfices cachés.

Attendre la dernière minute pour réaliser une tâche n’est pas idéal, mais cela nous pousse dans nos retranchements et nous permet d’être plus productifs. Car reporter à la dernière minute crée du stress qui permet la sécrétion d’adrénaline nécessaire à la motivation pour passer à l’action.

Les 4 vertus de la procrastination positive traditionnellement citées sont :

  1. La créativité : mettre une activité de côté pour faire une pause permet de prendre du recul. Notre cerveau ayant eu un bol d’oxygène est plus stimulé et bénéficie d’un regain d’énergie.
  2. L’énergie : la peur générée pendant cette période de latence stimule le système nerveux et provoque un léger stress qui nous aide à accomplir notre devoir dans les temps.
  3. La concentration : impossible de s’éparpiller sur plusieurs choses à la fois, quand nous savons qu’il n’y a plus moyen d’échapper à l’action que nous devons accomplir.
  4. L’efficacité pendant ce temps de pause où nous ne faisons « rien » notre cerveau continue à travailler. Lorsque nous nous y remettons, nous allons droit au but car nous avons lâché prise quant à nos doutes et inquiétudes. 
  5. Cependant, ce n’est pas parce que la procrastination a des vertus qu’il faut en abuser !

Les 10 conseils anti-procrastination

Autant de procrastinateurs et autant de moyens de ne plus l’être. En la matière, la recette miracle n’existe pas. Voici quelques conseils pour enfin « s’y mettre ». À chacun d’essayer afin de trouver la ou les méthodes qui lui conviennent le mieux !

  1. ✂️ Fractionner le projet ; souvent le plus difficile c’est de s’y mettre, alors plus la tâche est découpée en étapes, plus il est facile de se mettre au travail,
  2. 📝 Faire une To do list, qui comporte des actions déjà listées et qui donne la satisfaction de rayer les tâches accomplies ; les applications Google Tasks, Google Keep, Trello permettent toutes d’organiser de manière plus ou moins intuitive sa journée,
  3. 🚥 Prioriser les actions grâce à la matrice de Eisenhower. L'action la plus difficile est sans doute la plus importante !
  4. 🎯 Fixer des objectifs clairs et spécifiques et mesurables,
  5. 🗓 Utiliser un agenda pour planifiez la journée, la semaine ou le mois à l’avance. Cela aide à se concentrer sur ce qui doit être fait et évite de s’éparpiller,
  6. ⏱ Pratiquer la méthode Pomodoro, afin de garder une capacité de concentration maximale ; ce qui signifie prendre une pause une fois le travail accompli.
  7. 📚 Alterner les taches difficiles et les taches faciles ; on conseille souvent de commencer par ce qui semble le plus pénible, pour en être débarrassé mais c’est plus facile à dire qu’à faire ! Commence alors par ce qui est plus facile, cela donne la satisfaction de rayer des taches de la To do list et remotive.
  8. 🗒 Installer une routine pour se mettre en condition : un verre d'eau à côté de l’ordinateur et documents nécessaires à portée de main ; quand tout est en place, il est plus difficile de s'évader. 😉
  9.  📱 Éviter les distractions qui empêchent de se concentrer : un endroit calme, un téléphone portable éteint ou sans notification, voire un post-it « ne pas déranger » car à chaque déconcentration, le temps de travail s’allonge !
  10. 🎉 Se récompenser pour conserver une bonne motivation : un épisode d’une série, un cinéma, une promenade… Ne soyons pas trop dur envers nous-même, la procrastination reste un comportement humain. Ne nous blâmons pas, célébrons plutôt les tâches accomplies !

Parfois il est difficile de se motiver seul.e. Dans ce cas, il peut être souhaitable de trouver un partenaire de responsabilité, qui peut nous aider à respecter les objectifs qu’on s’est fixés, tout en nous accompagnant et en nous encourageant.

En conclusion

Si procrastiner n’est souvent rien de plus qu’une mauvaise habitude, dans certains cas, cette dernière est la face émergée d’un mal-être plus profond dont les facteurs sont à chercher tant chez l’individu que dans son environnement.

Le harcèlement, un évènement de vie douloureux (divorce, décès…) pouvant conduire à une dépression larvée, sont autant de raisons qui peuvent pousser un jeune à procrastiner…

Et cela a un impact, non seulement sur lui, mais aussi sur sa famille et in fine sur sa réussite.

Vous avez l'impression d'avoir tout essayé sans résultat probant ?

Contactez-moi, il se peut qu'un travail plus approfondi sur les causes profondes de cette tendance à procrastiner soit nécessaire.

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