HPI, doué, précoce, zèbre ....

Isabelle LOUIS-PONSING
il y a 3 mois | 10 min de lecture
HPI, doué, précoce, zèbre ....

Qu’est-ce qu’une personne à haut potentiel ?

Souvent, on a en tête le cliché de l'élève plus petit que les autres, et qui finit tous les exercices et évaluations avant tout le monde.

Certains profs le montrent en exemple quand d'autres le traitent de singe savant.

Pourtant un enfant sur 40, soit 2 à 3% de la population, est vraisemblablement un haut potentiel. Donc il y a près de 1 enfant par classe qui est concerné par la douance, même s’il ne se fait pas toujours remarquer.

C'est une réalité scientifique qu'il faut reconnaître, pour l'accepter, que ce soit à l'école ou au travail, chez l'enfant, l'ado ou l'adulte.

HPI, surdoué, précoce, zèbre…

On utilise plusieurs termes pour désigner le haut potentiel : le plus récent étant HPI - haut potentiel intellectuel qui a d’ailleurs été le titre d'une série récente- mais on a longtemps utilisé les termes de surdoué ou précoce.

Souvent, les enfants sont qualifiés intellectuellement précoces, qui a été la dénomination officielle de l'éducation nationale jusqu'en 2019.

Cela fait sens pour les plus jeunes acquièrent un certain nombre de compétences avant les autres (position assise, marche, babillage…) et qui se retrouvent au même niveau intellectuel que leurs aînés, mais ce n'est pas pour autant une avance car celle-ci ne perdure pas dans le temps. A 25 ans, un HPI n’aura pas le fonctionnement d’une personne de 30 ans !

Depuis quelques années, grâce à la psychologue Jeanne SIAUD-FACCHIN on a également surnommé les enfants à haut potentiel « zèbres », pour indiquer que, comme les zèbres, ils ressemblent aux chevaux mais que pour autant, aucun ne ressemble à un autre, du fait de l’unicité des zébrures, et aussi parce qu'ils ont tendance à se retrouver ensemble...

Quels sont les signes d’un haut potentiel ?

Le haut potentiel intellectuel est étudié depuis le siècle dernier, même si en France la recherche de l'égalité a mis un coup de frein aux recherches ; cependant, des tests ont été mis au point outre Atlantique pour mesurer l’intelligence (voir ci-dessous).

Souvent l’enfant à haut potentiel est perspicace, rapide, curieux, ouverts d’esprit, parfois brillant, pouvant aller jusqu'à présenter un excès de confiance et une grande indépendance de jugement. Certains enseignants les trouvant parfois même insolents !

De plus, les HPI sont souvent attirés par des centres d'intérêts spontanées où s'expriment leurs capacités (sciences, littérature, échecs…) et par des sujets qui préoccupent en général les enfants plus âgés.

Autres caractéristiques de la douance

Ainsi il existe d’autres caractéristiques communes qui peuvent laisser penser qu’un enfant (ou un adulte) est à haut potentiel :

  • Une grande sensibilité, voire une hypersensibilité (hyperesthésie à la lumière, au bruit…),
  • Une grande attention aux émotions et aux sentiments (hyperémotivité),
  • Une grande capacité de mémoire,
  • Une pensée en arborescence incessante, voire une propension aux rêveries
  • Beaucoup de talent, dans un ou plusieurs domaines (multipotentiels),
  • Très perfectionniste,
  • Une très grande peur de l’échec,
  • Une tendance parfois à la procrastination (reporter à plus tard), par peur de l’échec,
  • Un manque de confiance en soi, d’estime de soi,
  • Un sentiment d’imposture car son talent lui permet de réaliser des choses qui, pour lui, ne sont pas extraordinaire,
  • Une quête de sens dans ce qu’elle fait, dans sa vie, se traduisant par des questions métaphysiques (le sens de la vie…)

Un sentiment de décalage

Fréquemment, les enfants HPI se sentent différents, en décalage lorsqu'ils sont avec les autres.

En dehors d’une plus grande aisance dans les apprentissages, souvent, ils n’ont pas les mêmes centres d'intérêt et les questionnements que les enfants du même âge.

Certains auront du mal à trouver quelqu'un avec qui partager ce qui les motivent, quand d'autres miseront sur d'autres points communs pour s'intégrer (sports, passion…). Certains seront même prêts à saborder leurs résultats pour se faire accepter par la classe !

C'est un défi que de chercher d'autres HPI avec qui créer des liens et partager des affinités et s'adapter à des situations sociales variées avec des personnes qui ne sont pas HPI !

Pour autant, la personne HPI n’a pas moins de compétences sociales et même plutôt de meilleures ; le décalage est dû à l'environnement social, qui est mieux choisi à l'âge adulte.

Comment savoir si on est HPI ?

Si les indicateurs sont souvent du côté scolaire, en raison des grandes facilités dans les apprentissages, des capacités logiques et réflexives nettement supérieures, le repérage des performances peut parfois être entravé par des troubles des apprentissages (DYS ou TDA) car ils masquent l'expression des compétences cognitives, ou bien encore lorsque l'enfant est désinvesti de l'école.

Même si les performances scolaires livrent des indicateurs, seul un test de QI validé est fiable.

Il est recommandé de passer par différentes épreuves d'évaluation de l'intelligence, explorant le fonctionnement cognitif en détail plutôt qu'un test rapide résumé de test d'intelligence qui n'évalue qu'un seul aspect.

Les tests se passent auprès d'un psychologue spécialisé et expérimenté, en face à face, sur plusieurs rendez-vous et débouchent sur un compte rendu oral et écrit.

Le coût des tests étant relativement élevé, il peut être préférable de faire passer le test par un psychologue de l’Education nationale.

Qu’est-ce que le test HPI ?

Les batteries d'évaluation les plus utilisées sont les échelles, dites « de WECHSLER ».

La plus récente s'appelle WISC V (Wechsler Intelligence Scale for Children) pour les enfants et WAIS IV (Wechsler Adult Intelligence Scale) pour les adultes.

Elles fournissent un score total - le QI - et des indices partiels pour chacun des grands domaines de l'intelligence.

S'il n'y a peu d'écart entre les différents indices, on parle de résultats homogènes et le QI reflète bien le fonctionnement intellectuel global.

Si les écarts sont importants, Il vaut mieux s'attacher aux détails des scores partiels.

Lorsque certains indices sont très élevés mais que le QI Total et sous le seuil de 130, on parle alors plutôt de zones de haute potentialité.

Gardons à l'esprit que la passation d'un test est une évaluation psychométrique ponctuelle dont les résultats dépendent de l'état de la personne et d'autres éléments de contexte.

Les HPI ont-ils un cerveau différent ?

Les chercheurs tentent de découvrir les bases neuronales de l'intelligence.

Ils ont constaté que cerveau d’une personne HPI est plus volumineux mais il n'a pas une taille nettement supérieure ; l'extrême du continuum des QI coïncide seulement avec l'extrême des volumes du cerveau !

Il est également plus puissant en moyenne : si le cerveau s'active moins pour certaines tâches perçues comme plus faciles, il se distingue par la force de certaines connexions neuronales qui améliorent le dialogue entre les différentes zones du cerveau.

Si le développement du système nerveux des enfants HP semble parfois en avance, cela est dû à sans doute une myélinisation précoce des axones (la gaine qui enveloppe l'axone et qui permet d'éviter un "court-circuit" entre deux axones), qui permet d'accélérer l'influx nerveux.

Les HPI ne sont donc pas différents de leurs semblables, ils ne présentent aucune bizarrerie cérébrale et ne sont pas des mutants !

Le haut potentiel est-il une caractéristique génétique ?

L'intelligence est héritable génétiquement, mais déterminée aussi par l'environnement familial, éducatif où social.

Ainsi, chez les enfants adoptés, le QI est plus proche de celui des parents biologiques, mais les chercheurs n'ont pu isoler les gènes impliqués dans ces différences.

C’est plus d'un millier de gènes, qui pris dans leur ensemble permettent d'expliquer une partie des variations de QI. On dit que l'intelligence est un trait hautement polygénique.

Ainsi le haut potentiel n'est pas une caractéristique qualitative, mais simplement l'extrême d'un continuum.

Comment réaliser son talent ?

Le haut potentiel ne s'exprime donc pas toujours dans la voie royale, c'est à dire une réussite scolaire ou une prestigieuse carrière professionnelle.
Parfois, le potentiel reste en germe et ne s'exprime que dans une forme de dilettantisme.

Il est important de faire la distinction entre les capacités d'un individu et leur réalisation (talents).

Ainsi le potentiel est un talent en devenir qui ne se développe qu’au contact d'un environnement favorable et au prix d'un travail sérieux et constant.

Selon le psychologue américain Joseph RENZULLI de l'université du Connecticut, la formule est :

HP + Forte créativité + Haut degré d'engagement dans la tâche.

Autrement dit, la persévérance et la discipline dans le travail sont essentielles à la réussite.

Ainsi l'environnement est déterminant : un milieu où culture et curiosité sont mises en avant est plus propice au développement des compétences intellectuelles.

La rencontre d'un mentor - c'est à dire d'une personne inspirante - ou la passion pour un domaine de prédilection, sont aussi déterminants.

Cela suppose que les parents, l'entourage ou les éducateurs au sens large créent des occasions de susciter l'intérêt et proposent diverses expérimentations.

Faut-il sauter une classe ?

Malgré la volonté de l'école de permettre à chacun de réaliser pleinement ses capacités, celle-ci ne joue pas toujours son rôle : les élèves sont souvent sous stimulés et n'atteignent pas toujours le niveau attendu.

Elle n'offre pas assez d'autonomie, de défi, de nourriture à leur insatiable curiosité.

En milieu scolaire, au-delà des enseignements prenant en compte les différences entre les élèves - par exemple à travers des exercices personnalisés - 3 types d’aménagements ont été testés.

  • Le regroupement : Former des groupes en fonction des Intérêt où capacités des élèves ; les résultats sont mitigés,
  • L'enrichissement : Par la joue au cursus ordinaire d'éléments externes (Club théâtre. Club, échecs…) ; des effets bénéfiques ont été constatés sur les performances scolaires mais aussi sur le bien-être,
  • L'accélération : Proposer le même programme scolaire mais en accéléré - saut de classe ou 2 années en 1, dans une classe à double niveau ; souvent déconsidérés par les enseignants, elle peut donner de bons résultats, à condition de s'assurer de la maturité psycho affective de l'élève pour qu'il puisse créer des liens et se sentir à l'aise avec des camarades plus âgés.

Il serait intéressant de réfléchir à un moyen de "cultiver" les hauts potentiels sans pénaliser les autres, pour leur permettre le rayonnement de la culture humaine et ce, sans prôner l'élitisme.

HPI, chance ou fardeau ?

Lorsque le haut potentiel rencontre un milieu favorable, les résultats sont excellents et être HPI est un atout ; le jeune obtient de meilleurs résultats (sauf en EPS où on n’observe pas de différences notables).

Dans le monde professionnel, leurs performances sont appréciées par les supérieurs hiérarchiques et leur salaire est plus élevé.

Souvent, la réussite est supérieure et il y a un véritable sentiment de satisfaction (identique à celle du reste de la population), même s'ils ont souvent un métier plus attrayant.

Mais ceux qui n'ont pas l'occasion d'exprimer leur potentiel vivent plus mal que les autres une carrière peu stimulante.

PAr ailleurs, être HPI est plutôt un facteur protecteur : on constate moins de troubles psychiques et les DYS et TDAH ont un pourcentage identique à ceux rencontré dans la population générale.

Les HPI n'ont pas plus de risque d'être en échec ou en souffrance, mais la nombreuse littérature sur le sujet relève davantage d'un biais d'études, les personnes en souffrance étant les seuls à consulter.

 

Si vous ressentez le besoin de faire le point et de mieux vivre votre particularité, prenez rendez-vous !

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